Carbon Market Watch

Carbon Market Watch (anciennement CDM Watch) scrute les marchés du carbone et milite pour une protection efficace et juste du climat.

Le Panama exhorté à suspendre l’inondation du barrage hydroélectrique de Barro Blanco en raison de préoccupations grandissantes quant à des violations des droits de l’homme

27 Juin 2016

Dans le but de finaliser le projet controversé du barrage hydroélectrique de Barro Blanco, les autorités panaméennes ont donné le feu vert pour commencer l’inondation du réservoir. Les communautés locales affectées sont toujours opposées au projet, refusant de quitter leurs terres menacées. Carbon Market Watch et d’autres ONG internationales ont envoyé une lettre au président du Panama pour l’exhorter à suspendre immédiatement l’inondation test, qui constitue une violation des droits des communautés locales.

Le 22 mai, l’Autorité nationale des Services publics du Panama (ASEP) a annoncé que le remplissage du réservoir de la centrale hydroélectrique de Barro Blanco commencerait dans les prochains jours. Tandis que l’ASEP signale que la mesure est “temporaire et permettra d’effectuer les contrôles nécessaires”, l’inondation ne va pas seulement inonder les maisons des Ngäbe, leurs terres et sites religieux, mais menacera également leur seul moyen de subsistance.

Dans les jours qui ont suivi les déclarations publiques, les autorités ont procédé à des évacuations forcées des protestataires de leur camp proche du barrage, avant le début de l’inondation. Le communiqué de presse de l’ASEP indique que l’eau montera jusqu’à 103 mètres au-dessus du niveau de la mer d’ici le 21 juin 2016. Déjà aujourd’hui, des semaines avant la date de ce niveau maximum estimé, l’accumulation d’eau dans le réservoir de Barro Blanc a atteint les limites du territoire des Ngäbe-Bugle. Dans les prochains jours, la soi-disante inondation test pourrait sérieusement porter atteinte aux communautés Ngäbe concernées et à leurs sites cérémoniels.

Le dernier combat

Les communautés locales concernées sont déterminées à rester et défendre leurs terres. Elles ont dénoncé l’inondation en cours, affirmant que leurs droits étaient violés. Elles n’ont pas donné leur accord sur le projet et n’ont pas non plus été informées au préalable de l’inondation test en cours. Le Ministre des Affaires intérieures du Panama, Milton Henriquez, a également reconnu l’absence de préavis, s’excusant de “toute situation qui aurait pu engendrer une confusion”.

Le 1er juin, afin de soutenir les Ngäbe, 10 ONG internationales ont envoyé une lettre au Président du Panama et aux banques qui financent le projet. La lettre explique que le projet de barrage viole les droits des Ngäbe à un consentement préalable, libre et éclairé, à un logement convenable, à la possession, l’utilisation et la “libre jouissance” de leurs terres et territoires traditionnels et à ne pas être “délogé par la force”. La lettre exhorte également le Président Varela à suspendre immédiatement l’inondation test.

Les réactions internationales

Alarmées par la situation, des ONG internationales ont lancé une pétition, déjà en avril, appelant le Président Juan Carlos Varela à s’assurer que les populations Ngäbe concernées ne soient pas soumises à des manoeuvres d’intimidation ou de répression. La pétition a été actuellement signée par plus de 100.00 personnes.

Le projet de Barro Blanco est enregistré sous le Mécanisme onusien dit de Développement Propre (MDP) et financé, entre autres, par des banques de développement allemandes et néerlandaises. Les ONG demandent aux banques d’endosser leur rôle d’investisseurs responsables et exigent que tous les travaux autour du barrage soient suspendus jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé entre toutes les parties concernées.

Par Pierre-Jean Brasier